« Tenter d’écrire l’histoire de la Crète à la période égéenne ou émettre des hypothèses sur les différents souverains qui se seraient succédé sur le trône du soi-disant roi Minos ne seraient que des œuvres de pure imagination. Même parées de toutes les séductions de l’esprit, elles ne pourraient être rattachées à une discipline sciencifique : elles relèveraient du roman ou du théâtre ».

(A. Mayence).

Bizarrement on ignore d’ailleurs toujours le nom minoen, grec et même romain du domaine, contrairement à Chersonnisos, Lyktos ou Milatos (cité par Homère).

Après de premières fouilles, entreprises par Joseph Hadzidakis en 1915, c’est Charles Picard, Directeur de l’École française d’Athènes, qui continua les recherches en 1920.

Les travaux furent ensuite menés par Fernand Chapouthier, Pierre Demargne, Henri Van Effenterre, Jean Charbonneaux, André Dessenne, Claude Pourssat, Louis Renaudin et plus récemment par Claire Tiré, Jan Driessen, Alexandre Farnoux…

 

                                            Les grandes époques du palais

 

Le néolithique (7000 – 3000) : le domaine est quasi inexistant.

 

Le prépalatial (Minoen Ancien II – Minoen Moyen I A : 3000 – 1900) : le grand nombre de poteries de toutes sortes atteste de l’occupation de la ville au MA II.

Le protopalatial (Minoen Moyen I – Minoen Moyen II B : 1900 – 1700) :

Le point de départ de la future cité est un simple village du MA II où la vie s’organise du MA III au MM I B (quartiers Alpha, Gamma, Thêta…). On y a trouvé une idole féminine en terre cuite de la fin du MA I ou du début du MA II. Preuve d’une vie sociale avec ses pratiques religieuses.

Il s’agirait selon Van Effenterre d’une « nébuleuse palatiale » ou d’un « embryon de palais ».

Et « quand un violent incendie (accident ou acte de violence ?) en ravage les éléments occidentaux, l’occasion est venue d’une « reconstruction plus prestigieuse » et du « passage à un autre système de pensée. Et, comme à Cnossos et à Phaestos, c’est au plus bel endroit du site que ce palais s’élève, digne de la ville. »

 

Le néopalatial (Minoen Moyen III A : 1700 – 1640) :

C’est le palais que l’on visite aujourd’hui. Il daterait du MR I (1600).

Plutôt que de parler de paléopalatial et néopalatial, Henri Van Effenterre tout comme Nicolas Platon évoquent deux états d’occupation appartenant tous deux au néopalatial.

On y distingue :

– trois styles de poterie différents: le décor linéaire, à spirales liées ou à zébrures ; le décor végétal ; et le décor marin ;

– trois phases architecturales :

* la première de la fin du MM III A et la majeure partie du MM III B (construction de l’ensemble palatial sur trois côtés d’une cour plus large que l’actuelle) ;

* la seconde au MM III B – MR I A (rétrécissement de la cour ; restauration en plus majestueux de sa bordure occidentale ; constructions du quatrième côté Sud ; et l’installation au Nord-Ouest du quartier du « megaron » ;

* la troisièmes au MR I B avec des changements mineurs avant la catastrophe finale.

 

Dans la ville on construit de nouveaux quartiers de maisons mais c’est le palais qui en est le centre. Plus tard, on aménage et on transforme les maisons.

 

 

Fin du palais (fin du MR I B – MR II (1510 – 1390)

 

Le mycénien :

On n’a pas relevé de traces d’une occupation mycénienne. «0n peut donc dire que l’histoire du site minoen de Malia se clôt au moment où les derniers habitants abandonnent leurs demeures, à la fin du MR III B (1190), mais sans garantir qu’ils ne fussent alors vraiment des « Minoens :

ils pouvaient déjà appartenir aux peuplades composites dont Homère faisait les Crétois de son temps»

 

Les énigmes de Malia

– le « bothros » au milieu de la cour: il s’agirait d’un foyer surbaissé sur lequel on aurait pratiqué un rite de combustion.

– le kernos avec ses 35 cupules et une cavité plus profonde et plus large :
* selon Chapouthier, une table à offrandes pour le rite de la « panspermia », la consécration de toutes les semences à la déesse de la fertilité, aïeule de la Déméter classique;
* selon Evans et d’autres ethnologues, un tablier de jeu, comme on en trouve ailleurs à l’entrée d’une crypte, de l’agora, de la salle du banquet…

Un port à Malia ? Van Effenterre doute de sa présence.

 

Malia n’est pas qu’un palais. C’est aussi…

 

L’agora et la crypte hypostyle

Elles ont été découvertes de 1957 à 1966. L’agora conçue et aménagée au MM I B (1900 – 1800) est une cour rectangulaire de 40m sur 30m ouverte par quatre portes. Deux séries de pièces souterraines y sont accolées en enfilade dont la plus profonde est la crypte hypostyle qui était peut-être une salle de réunion qui suggérerait l’existence d’institutions politiques ou administratives. Un large escalier coudé y descendait de l’extérieur pour déboucher dans une salle à banquettes dont une colonne soutenait la toiture. Cette salle communiquait avec cinq magasins.

Le plan de l’agora

 

Le quartier Μυ

Ce quartier daterait du MM II (1800 – 1700) et ses bâtiments -élevés un siècle durant- auraient été conservés grâce au violent incendie qui l’a dévasté. On y trouve des pièces de belles dimensions autour d’une cour à portique à laquelle on accède par un grand vestibule, une crypte profonde, des petits magasins, un megaron -la pièce noble- avec son polythyron, un sanctuaire avec une table d’offrande, et un « bel étage ». Sûrement une demeure pour d’importants personnages.

Le quartier Μυ

 

 

Les nécropoles

À noter le grand nombre de nécropoles voisines de la ville : Chrysolakkos (le plus important des monuments funéraires crétois avec la découverte des fameuses abeilles de Malia), les îlots d’Agia Varavara , d’Agia Pélagia, Christou, les Pierres Meulières…) qui encouragèrent d’ailleurs les premières fouilles en 1910.

 

 

Les abeilles de Malia

 

L’urbanisme protopalatial à Malia

La ville de Malia a connu entre le prépalatial et le nouveau palais une série de transformations inscrites dans son plan urbain. Ce plan urbain est antérieur à l’extension finale du palais.

Ce plan urbain permet de mieux comprendre l’histoire politique de Malia :

 

– une petite communauté d’abord qui établit un premier plan de son domaine public autour de l’agora et de la crypte hypostyle ;

– les quartiers de l’Ouest avec des maisons pauvres où l’on fabrique des poteries ;

– des ensembles mieux bâtis au quartier Μυ avec « l’apparition sans doute d’une classe de propriétaires fonciers, d’une noblesse(?) terrienne ». On révère les morts ; les dieux sont présents partout.

Et c’est à la fin du protopalatial, après l’incendie du quartier Μυ, que « la situation se renverse au profit du palais » en un demi-siècle de distance, et que les maîtres s’installent dans le palais.

« Face au palais, plus rien n’existe politiquement que des tributaires ou des bénéficiaires, des sujets ou des courtisans » alors que l’urbanisme protopalatial était celui d’une communauté civique».

 

* Henri Van Effenterre in Le palais de Mallia et la cité minoenne I (Roma Edizioni dell’Ateneo 1980)