Peut-être l’objet le plus intrigant du musée : un disque en terre cuite de 16,5 centimètres de diamètre avec 242 caractères sans rapport avec les autres écritures, empreints sur deux faces dans l’argile molle et disposés en spirale. Ce serait le plus ancien modèle de reproduction de texte, c’est-à-dire d’imprimerie au monde ! Il n’a jamais été traduit mais a donné droit à de multiples interprétations. Est-il d’origine crétoise ou anatolienne ? Mystère !
L’histoire de cette énigme millénaire commence le 3 juillet 1908, date à laquelle l’archéologue italien Luigi Pernier a trouvé ce disque sur le site du palais de Phaistos.
Ce disque présente un total de 241 symboles, dont 45 sont distincts.
« Le fait que le disque compte 45 caractères différents est particulièrement déroutant. Ce chiffre dépasse largement le nombre habituel de caractères que l’on trouve dans les systèmes alphabétiques classiques, qui se situent généralement autour de 20 ou 30 signes. D’un autre côté, ce total est nettement inférieur à la quantité de signes présents dans les textes hiéroglyphiques, qui peuvent atteindre des centaines de caractères ». (Mathieu Gagnon)
Interprétation :
Aucune interprétation n’a fait l’unanimité ni trouvé de reconnaissance scientifique.
Selon Robin Bryans, « les contradictions des exposés érudits et de leurs interprètes enthousiastes sont une source d’enchantement , voire d’exubérante hilarité ».
En remarquant que plusieurs motifs semblaient se répéter à des intervalles spécifiques, certains historiens ont avancé l’hypothèse que le disque pourrait en réalité être la retranscription d’un poème complexe ou d’un hymne ancien.
John Younger et Paul Rehak ont exploré cette piste de manière approfondie en 2008. « Les phrases sur la face A commencent par des signes similaires, et celles sur la face B se terminent par des signes similaires, suggérant des phrases répétitives sur A et des phrases rimées sur B », ont-ils écrit. « Pour ces raisons, il est probable que le disque de Phaistos enregistre un poème ou une chanson, ou, s’il est religieux, comme certains le supposent, un chant ou un hymne. »
Mais pourquoi vouloir le déchiffrer ? Pourquoi ne pas « conserver l’aura secrète de ces vestiges, encore enchantés pour la plupart, du monde minoen dans notre modernité dénuée de toute magie » ? comme l’écrit Thomas Balistier (in Le disque de Phaistos)
Datation :
Aucune déduction claire et précise n’a pu être tirée des données stratigraphiques.
Selon Luigi Pernier, le disque date de la période située entre 1700 et 1600 av. J.-C. Selon Derk Ohlenroth entre 1850 et 1600 av. J.-C. D’après Louis Godart, entre 1550 et la fin du XIIIe siècle av. J.-C.
Provenance :
Ernst Schertel situe son origine à Rhodes ; Evans, Matz et d’autres au sud-ouest de l’ Anatolie ; d’autres encore sur la côte nord-africaine ; quelques-uns enfin dans le Péloponnèse.
Ce qui est sûr c’est que la plupart des signes qui y figurent proviennent de la culture égéenne. Comme le soutient Louis Godart, « Le disque de Phaistos est probablement un produit d’une culture de la mer Egée. Mais laquelle ? minoenne ? mycénienne ? »
Le disque, un objet unique :
Ce qui est admis par tous c’est qu’il s’agit d’un objet unique et non d’un produit fabriqué en série. Il a été fait à la main, ni moulé, ni coulé.
Les signes :
Des 242 signes du disque, 123 se trouvent sur l’endroit et 119 sur l’envers, séparés par des traits verticaux.
« L’aspect le plus fascinant du disque de Phaistos réside peut-être dans sa méthode de conception, qui semble littéralement en avance de plusieurs millénaires sur son temps. Les symboles ont été directement pressés dans l’argile molle à l’aide de poinçons préalablement sculptés
Cette méthode spécifique est connue sous le nom d’impression à l’aveugle. Ce procédé technique est exceptionnel pour l’Antiquité, car il représente le tout premier exemple connu d’utilisation de caractères mobiles pour reproduire des motifs. Historiquement, une telle maîtrise de l’impression ne serait revue que des milliers d’années plus tard, lors de l’apparition des techniques d’imprimerie à la période médiévale. » (Mathieu Gagnon in popularmechanics.com)
Le linguiste allemand Herbert Brekle a rédigé un article à ce sujet en 1997 pour la revue allemande Gutenberg-Jahrbuch (Annuaire Gutenberg). Il y affirmait : « Si le disque est, comme on le suppose, une représentation textuelle, nous avons réellement affaire à un texte ‘imprimé’, qui remplit tous les critères définitionnels du principe typographique. »
Comment lire ces signes ? Deux alternatives : une lecture dextroverse (de l’intérieur vers l’extérieur) et une lecture sinistroverse (de l’extérieur vers l’intérieur).
Signification des images :
Selon la plupart des scientifiques, on peut distinguer trois groupes d’images : les hommes (prince, guerrier, homme, femme, enfant, prisonnier), les animaux (aigle, canard, vache, chien, bélier, poisson) et les outils.
Ils représentent des hommes, des animaux, des plantes, des ustensiles de ménage, des outils, des armes… « Les 45 pictogrammes du disque sont l’expression d’un style naturaliste… C’est un monde résolument humain qui s’ouvre au spectateur et la facilité avec laquelle il est possible de reconnaître ces signes est, après 3500 ans, aussi étonnante que fascinante » (Thomas Balistier).
Les traits :
Ce sont les barres obliques qui ont été incisées et non poinçonnées. Marquent-ils le début ou la fin d’un groupe de signes ? Tout dépend du sens de la lecture.
Les lignes de points :
Jouent-elles un rôle particulier ou s’agit-il simplement d’une ornementation ?
Système d’écriture et langage :
Selon Thomas Balistier, dans le cas du disque de Phaistos, « on peut prendre en considération trois formes potentielles : écriture syllabique, pictographique ou alphabétique ».
– Dans l’écriture syllabique, chaque signe représente une seule syllabe et chaque groupe de signes un mot
– Dans l’écriture pictographique, les signes -appelés aussi idéogrammes ou logogrammes- signifient ce qu’ils représentent
– Les 45 pictogrammes du disque ne seraient pas « inconciliables avec une écriture alphabétique »
Mais les scientifiques ne sont d’accord sur aucune de ces formes, certains suggérant même une « forme étrange et mixte d’écriture syllabique et alphabétique ».
La langue du disque :
« La plupart des savants estiment qu’il s’agit d’une langue indo-européenne bien qu’à ce sujet de gros doutes subsistent encore » (Thomas Balistier). Peut-être une forme de proto-grec, du même type que le linéaire A (minoen) ou du linéaire B (grec mycénien).
Un déchiffrement est-il possible ?
On distingue trois attitudes parmi les savants : les uns pensent que le déchiffrement est impossible ; d’autres pensent qu’il n’est pas possible d’obtenir un déchiffrement complet ; un troisième groupe prétend qu’une solution existe.
Conclusion (de Thomas Balistier) :
« La seule chose sûre est que la discussion continue. A l’avenir, de nouvelles théories apparaîtront donc, accompagnées de nouveaux déchiffrements. L’avenir montrera combien de temps encore ce porteur de secret et ses déchiffreurs potentiels rivaliseront, et qui des deux l’emportera finalement. En attendant, une visite du musée archéologique d’Héraklion est conseillée à tout un chacun, afin de jouir de la beauté et de l’aura (encore) mystérieuse du disque de Phaïstos. »
Sources :
Thomas Balistier : Le disque de Phaïstos. L’histoire d’une énigme et de ses tentatives de déchiffrement
Mathieu Gagno (popularmechanics.com)







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