C’est en 1883 que Joseph Hatzidakis, avec l’autorisation de l’occupant ottoman, mit en place la première exposition d’antiquités d’Heraklion dans un bâtiment de la cour de l’église Saint Minas.

Après le départ des Ottomans, ces collections furent transférées dans une caserne de la ville, puis sur les ruines d’un monastère franciscain.

En 1913, au moment du rattachement de la Crète à la Grèce, devant la volonté des autorités grecques de transférer les vestiges les plus précieux au Musée archéologique National d’Athènes, les Crétois se rassemblèrent à Heraklion, armés jusqu’aux dents pour défendre « leurs biens ».

Le bâtiment actuel, construit sur un important cimetière géométrique puis turc, date de 1937. Mais la muséographie en a été plusieurs fois remaniée. La toute dernière présentation des vestiges de ce musée date de 2015.

C’est le deuxième musée le plus visité de Grèce après le Palais des Chevaliers de Rhodes et avant le Musée archéologique d’Athènes !

Son originalité : sont rassemblés dans ce musée tous les trésors archéologiques du Néolithique à la période romaine trouvés au 20ème siècle en Crète. Aujourd’hui, la tendance est plutôt de conserver les vestiges dans les musées crétois locaux, non loin des lieux de fouilles.

C’est un musée d’une très grande richesse. Sont présentées ici les pièces les plus intéressantes et les plus représentatives de cette civilisation.

Ce petit guide vous permettra d’aller à l’essentiel et de découvrir salle par salle les principaux trésors de la Crète antique avec nos explications.

Bonne visite.

 Jean-Claude Schwendemann,

Président de l’association Alsace-Crète

Remarque : les photos signées sont celles de membres d’Alsace-Crète. Celles qui ne le sont pas ont été réalisées par Jean-Claude Schwendemann

Photo de couverture : Bernard Diette

 

 

SALLE I : La période néolithique (7000 – 3000 av. J.-C.)

Les premières communautés. Knossos néolithique.

Les statuettes de type cycladique de l’époque néolithique (5000 – 2600 av. J.-C.) :

Les femmes violons ou « callipyges » en argile ou stéatite sont des symboles de fécondité ; elles sont de type cycladique avec des têtes stylisées, des cous très longs, des jambes simplement esquissées et de « belles fesses » d’où le nom de « callipyges ».

 

SALLE II : L’âge du bronze. Les périodes prépalatiales (2200 – 1900 av. J.-C.) et protopalatiales (1900 – 1700 av. J.-C.)

Des petites communautés aux villes.

Les Abeilles de Malia (période paléopalatiale)

photo P.Schoeny

Ce bijou de grande beauté a été trouvé en 1929 par Pierre Demargne dans la nécropole de Chryssolakos près de Malia. Il représente deux abeilles en train de déposer une goutte de miel sur leur rayon.

Pour souder ces grains, il fallait un mélange de cuivre et d’or et une température faible. Aujourd’hui, aucun bijoutier n’arrive à reproduire des grains aussi fins !

 

 

SALLE III : L’âge du bronze. La période protopalatiale (1900 – 1700 av. J.-C.)

Les premiers palais.

Style Kamarès au décor polychrome (fond noir, motifs blancs et rouges) avec des motifs de courbes, disques, feuilles, spirales qui peuvent tendre vers la forme du poulpe

Le plat de Phaestos (1800-1700 av. J.-C.)
photo B.Diette

 

Vase de Phaestos
photo J.Podevin

 

 

SALLE IV : L’âge du bronze. La période néopalatiale (1700 -1450 av. J.-C.).

Les nouveaux palais

Un modèle de maison en terre cuite trouvé à Archanes (1700 – 1600 av. J.-C.)

 

Vase trouvé à Cnossos (1500-1450 av J.-C.)
photo J.Podevin

 

L’Échiquier de Cnossos en ivoire, cristal de roche, or et argent (période néopalatiale)

photo B.Diette

Un plateau en ivoire avec des incrustations de cristal de roche, de pâte de verre bleue, d’or et d’argent. S’agit-il d’un jeu royal identique aux jeux de la cour égyptienne ? Le jeu consistait apparemment à prendre les 4 tours figurées symboliquement sur l’échiquier, le mouvement des pions étant déterminé par un lancer de dés.

 

SALLE V : L’âge du bronze. La période néopalatiale (1700 -1450 av. J.-C.).

Établissements – ports – commerce – écritures.

Les motifs des vases sont floraux et marins (poulpes, dauphins…) sur fond clair.

photo B.Diette

photo P.Schoeny

Les tablettes en linaire A (non déchiffré)

Tablette en linéaire A d’Agia Triada

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cas particulier et mystérieux du Disque de Phaestos (1450 –1200 av. J.-C.)

La face A
Photo D.Chapel

La face B
photo B.Claess

 

Peut-être l’objet le plus intrigant du musée : un disque en terre cuite de 16,5 centimètres de diamètre avec 242 caractères sans rapport avec les autres écritures, empreints sur deux faces dans l’argile molle et disposés en spirale. Ce serait le plus ancien modèle de reproduction de texte, c’est-à-dire d’imprimerie au monde ! Il n’a jamais été traduit mais a donné droit à de multiples interprétations. Est-il d’origine crétoise ou anatolienne ? Mystère !

 

 

SALLE VI : L’âge du bronze. La période néopalatiale (1700 -1450 av. J.-C.).

Vie privée et vie publique, pain et jeux.

 

 La Tauromachie (lutte avec le taureau) ou taurocatapsia (voltige au-dessus du taureau)

Cette fresque décrit les phases successives de la lutte ou de la voltige avec le taureau (en fait un aurochs) :

  • l’acrobate, vêtu d’un pagne, de chaussures hautes et de nœuds sacrés, saisit par les cornes l’animal qui court au galop ;
  • il effectue un saut périlleux par-dessus le dos du taureau ;
  • il se retrouve debout derrière le

S’agissait-il d’un jeu organisé en l’honneur des morts, d’une cérémonie d’initiation ou d’investiture royale ? D’après la mythologie, Androgéos, Héraclès et Thésée ont dû affronter le taureau de Crète pour être reconnus fils de roi.

À remarquer que le saut du taureau (taurocatapsia) était pratiqué chez les Hittites et les Égyptiens.

 

Le rhyton (vase à libations) à 4 zones d’Agia Triada (1550-1500 av. -C.)

Les quatre zones de ce rhyton en stéatite noire représentent des scènes de lutte, de tauromachie et de boxe.

À noter l’audace et la liberté de l’artiste : l’acrobate qui saisit les cornes du taureau dépasse de son cadre.

photo C.Blaess

 

 

 

L’Acrobate en ivoire de Cnossos réalisant un saut périlleux au-dessus du taureau (période néopalatiale)

photo C.Blaess

Avec le kouros de Palaikastro, peut-être la première œuvre chryséléphantine (en or et ivoire) de l’art grec. À noter la tension des muscles rendue avec précision (on voit les veines sur le bras) ; les cheveux devaient être rapportés en fils de bronze et les vêtements en os.

 

 

SALLE VII : L’âge du bronze. La période néopalatiale (1700 -1450 av. J.-C.).

Religion minoenne. Culte domestique et en plein air.

Le Gobelet du Prince d’Agia Triada (1550-1500 av. J.-C.)

À droite de ce gobelet en stéatite noire se tient le prince (ou une divinité ?) ; il est chaussé de bottines et d’un pagne ; il porte un sceptre ; son buste est de face et ses épaules sont tournées vers l’avant.

photo Google

Derrière eux, on devine trois hommes avec des peaux de taureaux immolés.

À remarquer les visages de profil et l’œil de face et les deux figures qui s’adaptent à la forme du vase : l’officier a le dos incurvé qui dénote une rigidité et un respect militaire ; quant au prince, sa représentation en biais laisse paraître un recul un peu hautain.

Le Vase des moissonneurs d’Agia Triada (1550-1500 av. J.-C.)

Ce vase en stéatite noire (un silicate de magnésium) est un des vases les plus importants du musée. Quatre plans différents s‘y superposent.

Il décrit un défilé de personnages marchant par deux au retour des travaux agricoles, leurs outils sur l’épaule et suivant un personnage aux cheveux longs et au vêtement bizarre muni de franges et d’écailles et qui semble être un prêtre.

Au milieu d’un groupe de chanteurs, un personnage tient un sistre.

À remarquer le réalisme et le rendu des mouvements : comme l’un des personnages qui a sans doute trébuché est en train de tomber, celui qui le précède se retourne d’un air moqueur.

photo E.Balduini

photo P.Schoeny

 

 

Cette scène rappelle celle dépeinte par Homère 700 ans plus tard dans le chant VIII de l’Iliade:

« Des ouvriers moissonnaient, la faucille tranchante en main. Des javelles, les unes tombaient drues à terre… ; les autres, des botteleurs les attachaient avec des liens. Ils étaient là, trois botteleurs debout. Derrière eux des enfants ramassaient les javelles et les portaient à pleins bras et les en fournissaient sans arrêt. Le maître, parmi eux, en silence, avec son bâton, se tenait droit sur l’andain, la joie au cœur… ».

On a trouvé en 1987 dans la nécropole de Phourni près d’Archanès un sistre en terre cuite identique à celui représenté sur le Vase des moissonneurs. La découverte de cet instrument de musique -qui est peut-être le plus vieux d’Europe- est évidemment d’une grande importance pour l’histoire de la musique dans la Crète minoenne.

 

 

SALLE VIII : L’âge du bronze. La période néopalatiale (1700 -1450 av. J.-C.).

La religion minoenne. Culte palatial.

Le chaton de bague « Danse sacrée » d’Isopata (1600-1400 av. J.-C.)

photo E.Balduini

Sur cette bague en or trouvée dans le cimetière de Cnossos, des femmes aux poitrines nues, peut-être des prêtresses, exécutent des pas de danse en honneur de la divinité qui apparaît.

 

Le Rhyton en tête de taureau de Cnossos (1700-1450 av. J.-C.)

photo J.Podevin

C’est l’une des pièces les plus connues du musée. Elle est en stéatite, cristal de roche, jaspe et nacre alors que les cornes, disparues, étaient sans doute en bois plaqué d’or. Selon Homère, il était de coutume de plaquer d’or les cornes des taureaux destinés à l’immolation.

L’artiste a su rendre dans cette stéatite noire la beauté et la force de l’animal, le taureau, symbole de l’animal du sacrifice et du sacrifice lui-même.

 

Les Déesses aux serpents de Cnossos en faïence (1570 av. J.-C.)

photo B.Diette

photo P.Schoeny

Les deux prêtresses (et non déesses) tendent les mains et brandissent des serpents. L’une d’elles a les bras entourés de serpents. Ces deux statuettes nous informent, selon les archéologues Arthur Evans, Nicolas Platon et Iannis Sakellarakis, sur la mode minoenne de l’époque : jupes longues aux plis superposés, tablier, corsage ajusté à manches d’où sortent les seins nus.

Serait-ce une mère avec sa fille ? Faut-il y voir des pleureuses comme dans la civilisation égyptienne ?

 

Le Rhyton en cristal de roche de Zakros (1700-1450 av. J.-C.)

photo E.Balduini

Unique en son genre, ce vase a été trouvé en un tas de petits fragments et reconstitué dans les ateliers du musée. Les perles sont devenues vertes à cause de l’oxydation du fil de bronze dans l’anse.

 

Le  Rhyton en pierre de Zakros (1700-1450 av. J.-C.)

Sa couleur verte est due à la surchauffe qu’a subie le vase alors de la dévastation du palais de Zakros par l’incendie. Le rhyton est composé de pièces fabriquées séparément puis agencées et revêtues d’or. Il représente en bas-relief un sanctuaire de sommet surmonté de cornes de consécration. Sur le toit du sanctuaire, des chèvres sauvages (type kri-kri), animaux qui dans la mythologie entouraient la déesse de la terre.

photo Google

 

 

SALLE IX : Fin de l’âge du bronze. La dernière période palatiale (1450 – 1300 av. J.-C.)

Le système monopalatial de Cnossos. Une nouvelle dynastie.

Caractéristique de cette période, le « Style du palais » (de Cnossos) aux motifs de fleurs de lys, rosettes, volutes, fleurs de papyrus. Exemples : les pythoi à double hache, symbole de la puissance divine et du pouvoir politique et religieux.

photo R.Trautmann

 

Les tablettes en linéaire B (grec archaïque déchiffré en 1952)

Une tablette en linéaire B
photo C.Blaess

 

Un modèle en terre cuite représentant un bâtiment avec quatre personnages

photo C.Blaess

Un modèle en terre cuite représentant une ronde

photo C.Blaess

 

 

 

SALLE X : Fin de l’âge du bronze. La dernière période palatiale (1450 – 1300 av. J.-C.)

Les cimetières. Les tombes monumentales.

Les bijoux

Ils ont la forme de chatons de bague, de colliers en pierres précieuses, de bandeaux mortuaires…

photo J.Podevin

 

photo J-C.Lambert

photo C.Blaess

photo P.Schoeny

photo C.Blaess

 

 

 

SALLE XI : Fin de l’âge du bronze. La période postpalatiale (1300 – 1100 av. J.-C.)

Établissements. Sanctuaires. Tombes.

Figurines de déesses les bras levés et portant des symboles religieux sur la tête (Gazi et Karfi, 1200 – 1100 av. J.-C.)

photo M.Moyard

 

 

 

SALLE XI : Fin de l’âge du bronze. La période postpalatiale (1300 – 1100 av. J.-C.)

Les sarcophages.

On y enterrait les morts dès la période prépalatiale (avant 2000 av. J.-C.). Certains (en argile) sont décorés de poulpes, poissons, fleurs, oiseaux, vaches…

photo P.Schoeny

Le Sarcophage d’Agia Triada (XIVe siècle av. J.-C.)

photo P.Podevin

 

photo C.Blaess

C’est l’unique sarcophage en pierre trouvé en Crète. Les représentations picturales ont été exécutées sur le plâtre comme pour les fresques. Elles décrivent tout le rituel du culte funéraire pendant l’enterrement d’un dignitaire supérieur. Ce sarcophage a été transporté à Heraklion en 1903.

 

 

 

Salle XIII : Les fresques murales de Cnossos (période palatiale finale)

Ces peintures murales sont caractéristiques du palais de Cnossos : elles sont absentes à Malia et rares à Phaestos, mais présentes à Agia Triada.

Les fresques les plus anciennes datent de la première phase de la période néopalatiale (1570-1470). La « fresca » est une technique de peinture sur un enduit de stuc encore frais, ce qui rend la peinture presque inaltérable au temps ; les fresques de Cnossos ont 3500 ans !

Les motifs sont naturalistes avec des animaux (hirondelles, perdrix, singes, oiseaux bleus, poissons, dauphins, poulpes, fleurs de lys…), humains ou cultuels (tauromachie, bosquet sacré…).

La fresque de la procession

photo J.Podevin

Cette fresque décorait les murs du corridor des processions du palais de Cnossos. Le porteur de rhyton est la seule figure bien conservée.

Les dames en bleu

photo J.Podevin

Cette fresque, dont il ne reste que quelques fragments, représentait des dames de la cour royale et décorait l’antichambre de la salle du Trône.

 

La fresque des dauphins

Des dauphins jouent avec des poissons… Cette fresque ornait les murs du mégaron de la reine.

photo J.Podevin

L’oiseau bleu et les singes bleus

Deux compositions de la « Maison des Fresques » dans des paysages rocheux et au milieu des iris, roses sauvages, papyrus et crocus.

pohto E.Balduini

 

photo J.Podevin

 

La « Parisienne »

Au moment de la découverte de cette fresque en 1903 (elle était en 14 morceaux), lui ont valu son nom ces grands yeux, ces cheveux ondulés, ces lèvres rouges, le nez retroussé représentant l’idéal de la beauté féminine. Mais le nœud sacré qu’elle porte lui confère plutôt le statut de prêtresse voire de déesse.

photo B.Diette

photo P.Schoeny

 

 

Le Bosquet sacré

photo B.Diette

Une fresque intéressante avec des prêtresses en habit minoen traditionnel. Le tableau est parcouru de bandes blanches représentant les voies de procession qu’on peut encore parcourir aujourd’hui.

Le Prince aux fleurs de lys

photo J.Podevin

Sur la fresque originale se trouvaient certaines parties du buste, le bras droit plié, une chaîne de cou, des boucles de cheveux, de petits morceaux du bras gauche, de la cuisse et du mollet gauches.

À partir de ces éléments originaux, on a reconstitué un beau jeune-homme qui devait plaire à la Belle Époque, un jeune minoen musclé, aux traits romantiques, coiffé d’un échafaudage ravissant analogue aux chapeaux de femme qui avant la Première Guerre mondiale faisaient fureur sur les boulevards parisiens.

De la main gauche, il devait traîner par une corde un animal fantastique, un griffon, cet animal fabuleux à corps de lion, à tête et ailes d’aigle ou un sphinx couronné. Une interprétation aujourd’hui largement contestée !

Le cueilleur de crocus

photo P.Schoeny

Une fresque trouvée dans l’aile Nord du palais de Cnossos par Evans qui y voyait un homme cueillant des crocus. En fait, il s’agirait plutôt d’un singe dans un paysage rocheux.

 

 

 

SALLE XXII : Les périodes classique, hellénistiques et romaines (Ve av. J.C. – 4e ap. J.-C.)

Le jeune-homme en bronze du Ier siècle av. J.-C.

photo B.Diette

 

 

SALLE XXVI : Les périodes archaïque (VIIe – VIe av. J.-C.)  et classique (Ve -IVe av. J.-C.)

Sculptures

Le temple de Prinias

Les bas-reliefs et sculptures datés de 630/620 av. J.-C. représentent des cavaliers armés de lances et de boucliers.

La frise du temple A (VIIe siècle av. J.-C.)