En attendant le bon de commande des produits crétois…

 

 

L’augmentation du prix de l’huile d’olive et des produits dérivés mérite quelques explications données ici par Marina Rafenberg dans son article paru dans Le Monde du 1.10.2023.

« En un an, le prix de cet « or liquide » a plus que doublé. Pour ses consommateurs, qui cuisinent presque exclusivement à l’huile d’olive, cette hausse est inquiétante. Face à la pénurie annoncée, des quotas sont mis en place et les vols se multiplient.

Dans son entreprise d’emballage alimentaire située en banlieue d’Athènes, Orestis Rois a la mine triste. Le quinquagénaire a connu la crise économique (2010-2018), la pandémie de Covid-19, mais l’inflation du prix de l’huile d’olive est, pour lui, « le pire des cauchemars ». « Toutes les familles grecques cuisinent à l’huile d’olive, les restaurants avec qui nous travaillons aussi, soupire Orestis Rois. Tu peux te passer d’acheter des vêtements, tu peux te priver de vacances, nous l’avons fait pendant plusieurs années pendant la récession, mais tu ne peux pas te passer d’un filet d’huile d’olive sur ta salade grecque ! »

Dans le centre d’Athènes, Katerina Vlachou fait le même constat au supermarché : « Les prix ont plus que doublé en un an… Je ne veux pas renoncer à l’huile d’olive, qui est connue pour ses vertus et qui fait partie de ma culture. Mais avec ces tarifs, si le gouvernement ne fait rien pour plafonner les prix, je risque de devoir me résigner à acheter de l’huile de tournesol, qui est trois fois moins chère ! » Il y a encore un an, un litre d’huile d’olive acheté au producteur coûtait environ 4 euros, il est désormais à 7,60 euros. Sur les étals des magasins, le litre arrive à 12 euros.

Et pourtant la récolte 2022-2023 s’annonçait prometteuse pour la Grèce, avec 340 000 tonnes produites, soit une augmentation de 47 % par rapport à 2021-2022. « Mais la demande mondiale est plus élevée que la production et, pour la première fois, le premier producteur d’huile d’olive au monde, l’Espagne, a vu chuter la sienne d’environ 55 %, notamment en raison de la sécheresse, ce qui a eu un impact sur tout le bassin méditerranéen », explique Vasilis Frantzolas, sommelier en huile d’olive.

Depuis le mois de mars, des entrepreneurs espagnols et italiens sont venus acheter de l’huile d’olive à des producteurs grecs, témoignent plusieurs d’entre eux dans le journal de centre droit Kathimerini. « Des représentants d’une compagnie espagnole sont venus acheter de l’huile d’olive grecque car ils en manquaient dans leur pays, raconte un producteur du Péloponnèse, Nikos Dimas. A l’époque, ils nous proposaient 5,50 euros par litre, c’était un bon prix car jusque-là nous le vendions autour de 4 euros. Les quantités d’huile d’olive qui sont restées en réserve ont donc diminué, entraînant une hausse automatique des prix. »

Défaut d’irrigation et manque de main-d’œuvre

En août, ceux qui avaient encore de l’huile d’olive vendaient le litre à 8 euros. Désormais, il faudra attendre la prochaine récolte d’olives, mais les prévisions ne sont pas bonnes. En 2023-2024, la production grecque devrait se situer entre 160 000 et 170 000 tonnes, soit presque la moitié de la précédente. « On risque de voir le litre d’huile d’olive autour de 15-16 euros au supermarché et de ne pas être capables d’exporter énormément », avertit Vasilis Frantzolas. Une année sur deux est bonne pour la production d’olives. « Cette année était censée être bonne, donc l’année prochaine le sera moins. Il faut ajouter à cela le manque de pluie et les températures hautes au printemps dernier au moment de la floraison des oliviers, qui risquent d’avoir des conséquences négatives sur la production », précise l’expert. Difficile selon lui d’augmenter la production : « Ce n’est pas une industrie. Il faut en moyenne huit ans pour que les oliviers soient productifs. »

Mais selon d’autres spécialistes, des mesures pourraient être prises comme la mise en place de meilleurs systèmes d’irrigation et surtout la recherche de bras pour faire la récolte dans les champs abandonnés un peu partout en Grèce. Leurs propriétaires, qui ont souvent quitté la campagne pour la ville, ne trouvent plus de ramasseurs d’olives, les travailleurs immigrés ayant souvent préféré partir pour d’autres pays d’Europe où les salaires sont plus attractifs. Le ministère grec des migrations envisage de passer des accords avec l’Egypte, le Bangladesh ou le Pakistan pour permettre à des ouvriers agricoles de venir temporairement en Grèce pour la saison, mais peine à les mettre en place face notamment à un pan du parti conservateur et de l’électorat réticent à toute mesure favorable à l’immigration.

Des GPS en forme d’olive sur les arbres

Face à l’augmentation du prix de l’huile d’olive, les vols de cet « or liquide » se multiplient. Début octobre, dans le Péloponnèse, plus de 100 kilos d’olives ont été dérobés dans le hangar d’un producteur. Puis, il y a dix jours, un vieil homme de 79 ans qui conservait 200 litres d’huile d’olive dans son garage a été cambriolé près de Lamia, dans le centre du pays. « Ils savaient ce qu’ils cherchaient car ils ont transféré mon huile dans des bidons et ils n’ont rien pris d’autre », rapporte-t-il à la presse locale.

Sur l’île de Crète, les agriculteurs ont trouvé une technique : mettre des GPS en forme d’olive sur leurs arbres. « L’objet est relié au moyen d’une application au téléphone portable et dès qu’il s’éloigne de plus de 3 ou 4 mètres de l’olivier, le propriétaire est alerté », note le vice-président de l’union de la coopérative agricole d’Héraklion, Miro Chiletzakis. Pour Vasilis Frantzolas, « les vols sont minimes ». Le vrai problème, c’est plus la multiplication des arnaques : « Par exemple, l’huile d’olive, sans étiquette, qui est vendue en vrac, et qui pourra être mélangée à de l’huile de tournesol sans que le consommateur ne s’en rende compte », poursuit-il.

Face à la pénurie d’huile d’olive qui s’annonce, des supermarchés ont déjà pris des mesures et limitent l’achat à quatre bouteilles d’un litre par personne. Mais pour Vasilis Frantzolas, la mesure qui permettrait vraiment de soulager les consommateurs serait de « baisser la TVA de 13 % sur l’huile d’olive », un héritage de la crise économique et des mesures d’austérité imposées à la Grèce. En Espagne, la TVA sur ce produit si indispensable à la diète méditerranéenne est de 5 %. »